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Par Emmanuel LE ROCH,
Délégué Général

 

 

 

 

Le premier semestre a été mitigé pour le commerce spécialisé, très compliqué pour les uns, plus dynamique pour les autres mais les caractéristiques principales de la période sont morosité de la consommation et transformation des entreprises.

Quel devrait être le second semestre ?


En ce qui concerne l’activité, tous les espoirs sont permis en comparaison aux difficultés rencontrées en 2018. Mais, les inconnues demeurent et appellent donc à la prudence (pour le lecteur qui souhaite approfondir le sujet, cliquez ici).


En plus de l’activité, les sujets concernant l’écosystème et l’environnement du commerce sont nombreux.

 

En premier lieu et nous en avons parlé de nombreuses fois ; l’impérative réforme de la fiscalité du commerce inadaptée tant au commerce d’aujourd’hui avec ses différents canaux qu’aux objectifs d’aménagement du territoire. Le commerce tout autant que l’industrie, peut être un acteur central du dynamisme territorial, à la fois en termes quantitatifs (emploi local
par exemple) mais également qualitatifs, tant il joue un rôle majeur dans la vie sociale locale et dans la perception du bien-être au sein des territoires.


Le Gouvernement a agi en faveur du dynamisme des centres-villes des villes moyennes en donnant des outils et des moyens d’action aux élus locaux.


Charge à eux d’en faire bon usage - sans être influencés par des analyses simplistes qui poussent au mauvais diagnostic donc aux mauvaises réponses - et de prouver qu’ils sauront dépasser la lutte qui oppose encore trop souvent centre-ville et périphérie sans comprendre que c’est l’ensemble du commerce qui doit s’adapter (le lecteur intéressé pourra lire ici le
point Procos sur le commerce de périphérie, cliquez ici).


Notre objectif des prochains mois sera de démontrer au Gouvernement et aux parlementaires que le commerce non-alimentaire omnicanal peut être l’un des acteurs majeurs de la société de demain. Celui-ci mérite, comme la grande distribution ou l’industrie, un travail collectif de tous les acteurs de l’écosystème pour que nos activités prennent toute leur place dans la société territoriale de demain. Et, ceci qu’il s’agisse de centre-ville ou de périphérie.


Ce qui suppose de parler de fiscalité comme précisé plus haut, mais aussi d’accompagnement de la transformation des acteurs ( transition numérique, démarche vers un commerce plus responsable …), formation et emploi …


Il est impératif d’impliquer les acteurs du secteur financier et bancaire car le retail a bien entendu besoin de moyens pour se transformer. Un dialogue permanent et transparent entre retail et financiers est indispensable pour créer les conditions de la création d’un modèle économique efficace et résiliant.

 

Bien entendu, compte tenu de l’importance des magasins dans l’animation locale, les éléments de fragilisation de ces derniers devront être analysés, notamment les coûts immobiliers. En effet, le bon fonctionnement d’un point de vente dépend de deux paramètres principaux : les flux de consommateurs et les coûts d’exploitation adaptés aux chiffres d’affairesréalisables localement.


Ces coûts d’exploitation dépendent eux-aussi de trois éléments : les loyers, la fiscalité et les charges de personnel.

 

En matière de commerce spécialisé, le rôle central des équipes magasins dans l’expérience consommateur est indéniable. Il ne peut donc être question de réduire celles-ci. Sans doute même faut-il se donner les moyens d’en augmenter le poids. C’est en effet, l’un des éléments de différenciation les plus puissants du magasin par rapport au digital et c’est l’une des externalités positives majeures du commerce physique en faveur du territoire.


La fiscalité locale ayant été abordée plus haut, reste le sujet des loyers.

 

Nos observations récentes montrent combien la lenteur d’adaptation des loyers à un modèle commercial nouveau, notamment un chiffre d’affaires magasin moindre, est l’un des facteurs principaux de fermeture des points de vente, qu’il s’agisse de magasin indépendant ou appartenant à un réseau.

 

Les évolutions récentes de l’indice des loyers commerciaux - ILC - (+ 2,5 % au 1er T. 2019) révèlent une inadaptation totale de l’indice aux évolutions de l’activité du commerce physique, fragilisant ainsi, sans raison, les acteurs et accélérant les risques de défaillance. Il y a donc urgence à agir. Procos entend le faire auprès du Gouvernement pour trouver des solutions ponctuelles ou définitives afin de remédier à ce grave problème.


Pour que l’adaptation du commerce se fasse rapidement, il est urgent de convaincre les bailleurs, quel que soit le lieu ou leur profil, de des importantes conséquences de leurs décisions en les impliquant dans la vie locale loin d’une vision dépassée d’un immobilier trop financiarisé. Commerce et immobilier commercial doivent être partenaires d’un avenir commun. L’immobilier commercial n’est pas qu’un simple placement financier. Si cela a été le cas, les conditions ne sont plus réunies pour qu’il en soit de même dans les prochaines années.


Les autres enjeux des prochains mois seront de s’assurer que les évolutions des réglementations et normes visant à établir les conditions d’une transition vers une consommation et un commerce plus responsables se fassent dans une approche constructive, positive et créatrice de valeur.


L’approche des acteurs du commerce doit dépasser le cadre d’une démarche de contraintes, de respects, de réglementation pour imaginer des axes de travail plus innovants, plus «rupturistes».


De même, Gouvernement et parlementaires doivent s’assurer que les décisions politiques et réglementaires ne viendront pas brider la créativité des acteurs en mettant en place des normes ou des délais de mise en oeuvre inadaptés. L’objectif est d’être ambitieux, volontariste, d’engager les collaborateurs et les consommateurs en tenant compte avec réalisme de
la capacité des acteurs déjà confrontés à de multiples transformations.


Il faut accompagner le commerce dans ses évolutions vers de nouveaux modèles et non sanctionner ; le marché s’en charge déjà.